Paroi de galets : escalade aux Météores

Dans mon panthéon des lieux mythiques et fantasmés pour l’escalade, les Météores avaient une place première : un vieux poster de grimpeur en collant, quelques images de James Bonds  – souvenirs d’enfance – et des vues des monastères plantées sur des pitons rocheux s’étaient incrustés dans mon imaginaire et ont très certainement participé à attiser mon appétit de grimpe.

En prévision d’un séjour grande voie – le bel alibi – j’ai proposé à un groupe d’amis un petit « repérage » d’une semaine : se retrouver (fine et vieille équipe avec un nouveau!), découvrir, se faire un peu peur, profiter d’un voyage escalade, fenêtre sur une toute autre vie!
Voici donc un compte rendu des voies visitées, des impressions sur le site, l’ambiance, quelques infos pratiques, des liens vers les topos créés ou complétés sur C2C et des photos, une somme d’informations qui je l’espère viendront peut-être faire écho à des envies enfouies ou en susciter de nouvelles : la grimpe au Météores, ça ne s’oublie pas, et cela vient tout naturellement rejoindre l’offre de Crescendo.

Tour d’horizon de l’escalade aux Météores

Le massif bien que peu étendu compte plus de 150 sommets différents, du petit piton rocheux au sommet massif de grande ampleur, il y a aujourd’hui plus de 700 voies!! Les tours sur lesquelles reposent les monastères sont interdites à l’escalade.
L’escalade sur le pouding des Météores a de quoi dépayser  : nous avons rencontré du rocher béton, du rocher à prises éjectables (sic), avec beaucoup ou sans lichen, de la dalle, du mur, de la fissure, du dévers, des petites et des énormes prises, des points neufs ou pas du tout, des itinéraires en trad, franchement engagés ou bien équipés… avec une dominante de voie entre le 5c et le 6b/c, vous trouverez forcément de quoi vous contenter.
Chaque ascension permet d’atteindre un véritable sommet, îlot perdu au milieu des autres, s’offre alors une perspective nouvelle sur les lignes des lendemains. Sur certains de ces belvédères, de véritables petits jardins fleuris, (inattendus après les champs minéraux), invitent franchement à la sieste, à prendre le temps de lire les cahiers laissés dans les boîtes métalliques, avant les rappels, les prairies en contrebas, les bières à la taverne.

parmi les caractéristiques dominantes de l’escalade dans les Météores, disons  océan de galets et engagement (du n’importe quoi exposé – marqueur historique – au très fréquentable…), et ainsi, environnés de paysages aux innombrables lignes, tout le plaisir et la singularité d’une grimpe inoubliable.

Grande voie sur les sommets périphériques

De très nombreuses grande voie de 150m et moins sont disséminées sur tout le massif et permettent de gravir des tours de toute forme par des lignes bien souvent très esthétiques et séduisantes. La relative faible hauteur de ces voies et les différentes orientations permettent dans une même journée de gravir plusieurs tours en intercalant une pause sieste ou contemplation sous un arbre!
On trouve des itinéraires anciens à l’équipement typique (« bolts are a little bit far! ») – pitons scellés munis d’un anneau, mono-point au relais – et des lignes récentes avec un équipement plus standard et nettement moins aérés. Dans ces dernières, il faudra encore se méfier des prises fragiles.

Kelch: la voie Dresdner Eierschecke , TD, 130m, 2014. Une voie moderne à l’équipement béton. Après 2 longueurs dalleuses, une L3 bien raide, le final reste en mémoire! (accessible aussi par des voies anciennes) : le pas entre deux rochers,  l’accès au sommet du bloc posé puis les rappels pendulaires.

Geierwand : la voie Westkante, TD-, 130m, 1984. Une voie ancienne (équipement à compléter) qui parcourt une arête très esthétique; à retenir une L2 dans laquelle on pose des protections dans une belle fissure tout en grimpant sur le mur à côté.

Doupianifels: la voie Ohne Vorbehalt, TD-, 140m, 1992. Un des nombreux itinéraires abordable de  ce sommet aux formes arrondies et attirantes. La dernière longueur est bien engagée.

De nombreux autres sommets offrent des voies de moyenne ampleur, parmi lesquels Glocke, Bàntowafels, Ypsilotérafel… à découvrir lors d’un prochain séjour.

Grande voie sur les sommets principaux

Parmi les grands sommets des Météores, l’Heiliger Geist et le Sourloti notamment offrent de nombreuses voies d’ampleur dont des classiques que nous avons parcouru.

Sourloti

Sur la face Sud, nous avons grimpé trois itinéraires : un rocher excellent, parfaitement stable, une ambiance superbe et aérienne et une grimpe très agréable sur des murs globalement raides.

Linie des Fallenden Tropfens (topo), TD, 160m, 1985. Une voie emblématique des Météores, 20 points + les relais (on peut poser un Camalot 1 ou 2 dans la dernière fissure!). C’était notre première, nous avons découvert l’engagement Météores (2 points dans une longueur de 45m!), les relais sur mono-point, mais le tout sur un rocher très sain, agréable, les pas sont assez bien protégés et l’itinéraire de cette classique évident. Superbe!

Sophokles (topo), TD+, 160m, 1996. Plus soutenue que sa voisine, elle est aussi plus moderne (l’équipement également). Dans les difficultés il faudra serrer des petites prises, et dans les zones plus faciles, grimper assez loin des points.

Schwarz auf Weiss, TD+, 210m, 1988. Pendant nos ascensions des deux classiques précédentes, nos regards se perdaient sur l’immense et raide face à notre gauche et nous rêvions à une voie sur le pilier ouest. Noir et Blanc se déploie au milieu de la face sud. Parcourue par Martin, Pierre et Alex, le suffrage est unanime, c’est grandiose, assez bien équipé, sur un très beau rocher, une classique à recommander. Un seul bémol, le départ original du pied de la face est très exposé (et aux dires des locaux – « you’re crazy! »- mieux vaut démarrer de la vire des voies précédentes, Sophokles et Linie des Fallenden Tropfens, et ainsi éviter les deux longueurs du socle).

remarque de Martin : « si tu te demandes si ça passe, c’est que tu t’es trompé ; si tu te demandes si ça va tenir, c’est que t’es dans la voie »

Thessalische Schallmauer (topo), ED-, 280m, 1991, le grand et beau mur pour le dernier jour du séjour, une voie plus difficile, probablement moins (peu?) parcourue que les précédentes. Pour l’ambiance à partir de L4, c’est très aérien, gazeux à souhait, très prenant; l’équipement est typique : rapproché dans les sections difficiles – il faudra quand même grimper entre les points – et franchement aéré dans les sections plus faciles,  on retrouve les incontournables run out dans champ de galets (et lichens) à chercher le prochain point. Enfin, faute de fréquentation surement, il faudra se méfier des prises éjectables (on en a cassé quelques unes!!) ou l’art de grimper sur des œufs tout en avançant! Bref, comme promis une voie avec une très grosse ambiance, ne se fier qu’au 6c max affiché serait présomptueux.

Heiliger Geist

L’imposante paroi au cœur du massif offre de nombreux itinéraires renommés, et bien d’autres dont les lignes nous laissaient espérer que « l’Esprit »  viendrait prolonger le séjour…

Martin et Pierre auront fait une tentative dans Action directe, trop tôt dans la saison… Après 2 longueurs magiques, ce sera le plomb dans la fin de L3 avec quelques blocs dans les mains. Dans cette longue trainée noire, goulotte d’écoulement, l’humidité peut fragiliser certaine zone de rocher. C’était mouillé!

Heiliger Geist, 250m, ED-, 1986 (topo)… une voie recommandée pour quelques moments vraiment rares, sachant en plus que les passages difficiles (L3, début de L4, début de L5) sont très bien protégés et vraiment jouables du coup en libre sans jouer à la roulette. Eviter les 2 premières longueurs originales (franchement exposées, dalle moussue, 2 points sur L1, si on les trouve!) et préférer une variante plus à droite bien équipée (projet de 3 longueurs pour le moment) pour rejoindre par une traversée R2. Le champ de galets très raide de L4 et L5 laisse de grands et bons souvenirs. Ce pilier est sans conteste une des lignes qui attire, praticable même si on est juste dans le niveau, mais pas notre préférée.

Wahnsinnsverschneidun (désolé!) ou Corner of Madness (topo), TD+, 190m, 1983. Celle là dès le premier jour, du sommet du Sourloti, je voulais la faire (avant même), la belle ligne de cette face : 120m d’un dièdre fissuré taillé qui se prolonge par 70m de goulotte d’écoulement noire au rocher incroyable. Une fois dedans, l’évidence de la ligne demeure et nous a franchement réjoui. Pour le bas, ça dulfe vraiment, le final est physique et toute la perspective propre à ce type de ligne participe à l’ambiance. La pose de protections est assez aisée (et franchement nécessaire). Les deux longueurs dans la goulotte noire, comme goudronnée, parsemée de galets scellés est jouissive, une escalade très plaisante après celle monotone de la fissure (mais on aime). Un camalot n°4 pour compléter R2′ -bon pour le moral -si on a sauté le relais facultatif!
Une incontournable, avec une petite marge c’est mieux (ou une bonne expérience en fissure!), notre coup de cœur à Vlad et moi.

Pratique

Voyage : Nous avons pris l’avion de Marseille, loué une voiture à l’aéroport d’Athènes puis roulé quasi 5h pour rejoindre Kalambaka, ville au pied des Météores dans laquelle nous avions loué un appartement. Les Météores sont une destination touristique, il est donc très facile de trouver logement, restaurant… un camping sur Kastraki –Vrachos– loue des caravanes pour 18€/nuit pour deux…

Topo : il en existe plusieurs, nous disposions de la première version du topo à venir de Thierry Souchard, une sélection d’itinéraires emblématiques – un grand merci à lui – et avons sur place acheté l’une des deux bibles allemandes (Stutte & Hasse, 2000, Meteora), supplément au topo initial de 1986. Si il est un peu obscur au départ, il présente plus de 400 itinéraires et donne beaucoup d’éclairages sur les lignes repérées lors des promenades!

Contact : sur place, à la taverne Paradisos, lieu de retraite et réconfort sur Kastraki, vous pourrez rencontrer les grimpeurs et équipeurs locaux actifs. Parmi eux Vangelis Batsios (FB), saura vous conseiller, vous donner des infos sur les derniers équipements et vous aider à la lecture du topo… grimpeurs malicieux, restez en éveil!

Matos : 2*50m, 14 dégaines (moins de 10 suffisent bien souvent!), sangles pour le légendaire cravatage, nous avions un jeu de friends du 0,5 au 4 pour Corner of Madness, nécessaires dans quelques itinéraires en TA ou à compléter si cela vous tente mais pas obligatoires donc selon vos choix!

Quelques particularités en vrac : grimpe en pouding, ici on cravate les galets avec des sangles;  mono-points sur beaucoup de relais dans les vieilles voies; le point classique est un piton rentré en force avec une feuille de plomb mais on trouve aussi des plaquettes artisanales, des goujons, des scellements; 10m avant de mettre un point au dessus du relais, parfois ça peut user; quand une prise de pied sort/éclate, ça fait comme un bruit de coup de feu!