Mon topo du Pouzenc

Pour qui habite dans le val de Durance ou bien a déjà pris la route de Briançon vers le Sud, il est une face qu’on ne peut manquer: la face nord du Pouzenc (2898 m),  un triangle parfait de près de 900 m au fond d’un vallon étroit ouvert sur les Ecrins. Si vous ne l’avez déjà parcouru, vous avez dû vous promettre d’y aller un jour.

En ce week-end assez moisi, compte-rendu de mes expériences de ce sommet.

Fan du Pouzenc?

Sur ces 10 dernières années, j’y suis allé 5 fois : 4 fois par le nord via le vallon de Siguret, 1 fois par le sud via le vallon de Muretier. Bilan des courses : 2 sorties au sommet par le couloir nord, 2 sorties arrêtées non loin de l’entrée dudit couloir pour cause de mauvaises conditions, 1 demi-tour au col de Lausa Plana, au pied de l’arête sud, pris dans le brouillard.

Le topo de la face nord en aller-retour

Selon l’enneigement, le parking se fait entre les Leautiers (1447m) et le point haut accessible sur la piste – au mieux, je n’ai du aller plus loin que celui côté 1500m (à la mi-avril). Ensuite, on suit la piste jusqu’au point côté 1625, avant de bifurquer plein sud en prenant pied dans le vallon de Siguret. S’en suit une montée agréable dans le mélezin et les pins cembros jusqu’à la cabane (2090m). Elle est, comme souvent ici l’hiver, ouverte, rustique et accueillante. Un lieu idéal pour profiter pleinement d’un spot de ski sauvage et magique, dans une ambiance grandiose. En jouir et respecter!

Maintenant la face! De la cabane, nous savons toujours pris sud-est, vers le point côté 2146, pour prendre pied sur le replat. Ensuite, on accède assez vite au pied du souloir sommital, ça se raidit progressivement à son approche : grands espaces et vues dégagées.

Selon les conditions, se méfier des pentes sous l’arête ouest, je les ai souvent vues plaquées lors des ascensions ou en jumelant de la vallée ou des Orres.

Le couloir : court, raide et étroit!

Tout est dans le titre. Lors des deux ascensions de celui-ci, nous avons vraiment brassé dans la première partie rectiligne, toujours dans une neige sans cohésion à gros grains. Dans ce profil, pour qui a déjà rencontré ces conditions, c’est très long et laborieux!

Ce couloir vient buter contre des barres, que l’on contourne par une traversée à main droite, sans difficulté mais exposé. Suit alors une courte remontée, très raide, jusqu’à prendre pied sur l’arête ouest; attention, ici la glissade et c’est trop de barres à sauter! Puis on suit la crête aérienne pour gagner le sommet. C’est beau, immensément beau!

Au pied du couloir, selon l’état de forme, la neige (état, quantité), se poser des questions est indispensable. La course prend une toute autre forme, beaucoup plus alpine, pour les quelques 150m de dénivelé restant.

 

La descente : concentration puis gaz!

Les quelques virages sur l’arête, entre le sommet et l’entrée du couloir, sont de ceux dont on rêve les yeux fermés : sur le fil,  entre l’éclat des versants sud et l’austérité de la face nord, sans soucis, aérien et vertigineux.

La première partie du couloir : je n’ai jamais osé déclencher – vraiment trop raide avec des barres dessous! Je me souviens à ma première fois avoir vu l’empreinte d’un virage et pourtant pas de traces de montée (il était venu du sud, avait skié le couloir à vue, grosse maîtrise et connaissance des lieux ou ?).

Ensuite, on traverse et là … ! La deuxième fois j’y allais pour me lâcher! Les images de ces quelques 50m étroits et raides à surfer, avec ce champ ouvert dès la sortie, étaient posées dans mon cerveau depuis la première. Whaou! Finalement, je n’ai vraiment déclencher qu’à mi pente, pour sortir déjà bien vite dans la face…. Et là, grand bonheur après la poussée d’adrénaline, propulsé, on s’amuse vraiment dans cette face et ses reliefs.

Ensuite, si vous n’avez rien à récupérer à la cabane, rester en rive droite jusqu’à la forêt pour ne pas pousser. Un petit boarder-cross sur la piste et retour en vallée, c’est le printemps!

 Et alors?

Je suis allé en février, mars et avril dans ce vallon de Siguret. Sur la période la plus froide de l’hiver, je ne suis pas sorti au sommet : la face était austère et les conditions incertaines. J’ai beaucoup fréquenté le coin en toute saison (Costa Rouenda, le pic de Silhourais, les Orres), les copains aussi. Nous avons souvent observé la rupture d’une grande plaque sous l’arrête ouest côté nord et plus rarement des grosses avalanches dans la face.

Un itinéraire d’ampleur donc pour une pente magnifique.

Le regel arrive, avec quelques chutes de neige ce mois-ci ou le prochain, ce sera le moment peut-être de s’y aventurer. Pensez à prendre piolets et crampons.