Trad au Val d’Orco: Oreille du Pachyderme – Rattle Snake

Braquage au Val d’Orco?

Les données étaient les suivantes :
– rendez-vous pris depuis quelques temps avec Oncle John pour le Val d’Orco : continuer sa découverte des joies du trad (après Orni au Verdon)
– excitation totale (et donc aveugle) de ma part : peu de grimpe cet hiver, du granite pour changer, du trad, et la promesse de découvrir un spot d’anthologie
– Une suite d’évènements qui nous pousse à partir sans papier de voiture ni permis, sans papier du tout pour moi (aveugle!), sans vivre sérieuses, 100 € en poche (large mais….).

La suite c’est 2h30 de route et la police italienne qui nous plombe l’horaire d’accès (et en partant le matin avec une seule nuit sur place, ça agace), qui nous déleste de la modique somme de 57,40€ (épique interpellation de deux ahuris sans papier, sans stratégie de défense sinon une grande naïveté « bah on va grimper »)…
Reste à tenir deux jours avec peu à manger, un mauvais moment à vite oublier, pas de perspective d’une nourriture adaptée à nos ambitions énergétiques, et j’oubliais pas de topo hormis la photo d’une voie au Caporal.

une organisation défaillante pour une intense motivation

Un granite qui apaise

Après une petite discussion au camping, le temps de comprendre comment on accède aux sites (toujours aveugles!) et nous voilà au pied du Sergent. On trouvera un topo du secteur seulement en fin de journée, histoire de voir ce qui s’est passé!
Un granite superbe, des lignes parfaites, enfin de la vrai fissure. Dans le secteur central les lignes évidentes n’excèdent pas le 6b et sont sublimes. Quel plaisir de jouer avec les protections, ses poings (comment faire ses gants), la brume et ses pieds.
John prend confiance dans le matériel, teste, re-teste et laisse un peu de l’appréhension initiale pour franchement prendre plaisir à ce nouveau jeu.

Oreille du Pachyderme – Rattle Snake

ça part mal, on est pas seul…

Passons sur le repas frugal et la nuit fraiche et humide, c’est une matinée lumineuse, la « nebbia » d’hier s’est dissipée.
On se laisse le temps, profitant des vues sur la vallée, ses hauts sommets… l’arrivée au pied de la voie nous laisse perplexe : 2 personnes à R1, deux autres en route, 4 qui attendent derrière… OK, on a merdé, c’est une voie classique, on aurait du se lever, on va attendre.


S’en suit 3 heures d’un spectacle affligeant mais pas que! Je serai tour à tour énervé par leur manque total d’expérience et la lenteur (jamais vu ça) de leur progression (collective, c’est un groupe!), atterré par les situations de danger objectif dans lesquelles ils se mettent, et admiratif de leur pugnacité, de leur combativité (loin d’avoir le niveau en libre, et loin de savoir progresser en artif sereinement et efficacement, ils sortiront pour la plupart après une très longue journée). La collection impressionnante de friends aux baudriers de tous les grimpeurs auraient du me mettre la puce à l’oreille! Je passe tout ce que j’ai vu : les accidents évités de peu, les chevilles qui tapent sur la vire après une chute improbable, les heures qui s’égrainent… nous irons en haut!

… puis le bonheur

Après une première longueur en cheminée qui réveille un peu, nous sommes au pied de la longueur mythique de l‘Oreille du Pachyderme. C’est parfait, les protections sont très simples à poser, une escalade à verrous mais pas que, des bacs, de l’amplitude, voilà! j’ai faim un peu -déjà (aveugle) – mais l’excitation et le plaisir gomment tout!
Arrivé à R2, nous retrouvons le dernier italien (déjà), puis à R3, une bonne partie de la bande sur la vire. Mais nous serons seuls dans Rattle Snake, pour cet enchaînement de toute beauté! La dernière longueur, très physique, et l’hypoglycémie, auront raison de mon excitation ;  à deux verrous du relais, je m’effondre passant d’un sentiment d’invulnérabilité au constat de ma petite condition du moment!

J’ai commandé le topo. A 3h30 des Hautes-Alpes, on trouve, dit la légende, le « petit Yosémite » européen!

 

 

le compte rendu sur C2C